Un cadre conceptuel complexe pour des menaces intriquées
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L’homme, placé au cœur du problème, est ici considéré comme essentiel pour la sécurité internationale où l’ordre dépend in fine de la sécurité de chacun. Dans cette perspective, le statut de l’individu passe de celui de simple citoyen d’un État à celui d’un acteur impliqué dans les relations internationales. De fait, on assimile la force du système international à celle de son chaînon le plus faible – l’homme –, et lorsque la sécurité de l’individu est menacée, la sécurité internationale l’est aussi.
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L’accent est donc mis sur l’individu au sein de l’État plutôt que sur la structure « État » elle-même.
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C’est à partir de la moitié du XXe siècle que des menaces protéiformes ont exigé de repenser les notions traditionnelles de sécurité calées uniquement et historiquement sur les agressions militaires extérieures. Des menaces aux vitesses de diffusion terrifiantes dans des dimensions transnationales non circonscrites qui font du cadre analytique proposé par la sécurité humaine un socle de réponses à leur complexité.
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Ainsi, la sécurité humaine est requise en tant qu’approche intégrale, utilisant une large gamme de nouvelles possibilités pour aborder les menaces de façon intégrée. Ces dernières demandent un nouveau consensus qui reconnaît les liens entre le développement, les différents droits de la personne – civiques, politiques, économiques, sociaux, culturels – et la sécurité nationale.
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Car les menaces primaires sont d’abord internes et se manifestent dans des conditions d’échec économique, de violation des droits fondamentaux et de marginalisation politique. Par conséquent, le garant de la sécurité nationale n’est pas la puissance militaire mais un ensemble de conditions sociales, politiques et économiques favorables associé à la promotion de politiques inclusives.
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L’approche par la sécurité humaine permet de reconnaître des menaces largement diversifiées et de se concentrer sur l’expérience quotidienne de l’insécurité qui inclut la non-satisfaction de besoins fondamentaux tels que la nourriture, la santé, l’emploi, le logement et l’écologie.
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Avant d’aller plus loin, il faut pouvoir concevoir l’homme comme détenteur du pouvoir suprême et comme objet principal de toutes les attentions. Partant de là, on replace les institutions de gouvernance dans le champ des moyens toujours perfectibles.
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La survie, le bien-être et la dignité de l’individu sont donc l’ultime objectif. Les constructions telles que l’État, la démocratie et le marché occupent dès lors une place secondaire en tant qu’outils.
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Les menaces visant les États, les marchés et la démocratie sont autant de vulnérabilités parce qu’en fin de compte elles affectent « l’outil de production » du bien-être, des capacités, des opportunités et des libertés de l’individu.
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Par essence, la sécurité humaine se définit comme un concept interdisciplinaire qui comporte les principales caractéristiques suivantes :
• centrée sur la personne, intégratrice et participative ;
• multisectorielle ;
• holistique ;
• spécifique au contexte ;
• orientée vers la prévention.
La sécurité humaine souligne l’interdépendance entre les différentes menaces qui se nourrissent les unes des autres et elle identifie un seuil audessous duquel la vie humaine est menacée. De fait, ses approches combinées mettent l’accent sur le besoin de réponses coopératives et multisectorielles, basées sur la mise en commun des agendas des acteurs de la sécurité, du développement et des droits de la personne.
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Des solutions contextualisées sont donc avancées en réponse aux situations spécifiques, tout en introduisant une approche double de protection et d’autonomisation.
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La protection implique une approche descendante – top down. Les États sont les premiers responsables de la mise en œuvre de cette structure protectrice. Alors que l’autonomisation implique une approche ascendante – down top. Elle vise à développer l’aptitude des individus et des collectivités à faire des choix éclairés et à agir en leur nom propre. Ici, protection et autonomisation se renforcent mutuellement.
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Par ce cadre normatif, la sécurité humaine, pour laquelle les instruments de l’État devraient œuvrer efficacement et équitablement, devient tant au niveau national qu’international un bien public mondial que les États et la communauté internationale devraient se fixer comme objectif de préservation. L’efficacité d’un État ne peut être estimée que dans la mesure où il est capable d’atteindre cet objectif final.
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À l’objectif de « croissance avec équité » du développement humain, la sécurité humaine ajoute la dimension importante de « récession avec sécurité ». En effet, la sécurité humaine reconnaît que les individus sont confrontés à des insécurités par privations soudaines suite aux récessions liées aux conflits, aux crises économiques et financières, aux maladies et catastrophes naturelles. Ces événements effacent des années de développement mais créent aussi des conditions sociales dans lesquelles les griefs peuvent donner lieu à des tensions croissantes.
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Outre l’accent mis sur le bien-être humain, la sécurité humaine est guidée par des valeurs liées à la stabilité et la durabilité des gains de développement. Ainsi, la sécurité humaine met en évidence l’universalité et la primauté d’une série de droits et de libertés qui s’avèrent essentiels à une vie en société durable.