De la notion de l’État pour une mise en application du concept
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Un État « fort » serait capable d’assurer une sécurité globale de sa population en la libérant du besoin et de la peur, et en protégeant la dignité de l’être humain. L’État « fort » reste celui qui est le plus apte à protéger la sécurité humaine par une capacité, une volonté et une connaissance de la nation que peu d’autres acteurs peuvent avoir.
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Cependant, il n’est pas évident qu’un tel type d’État n’ait jamais existé. En effet, nombres d’immigrés et de sans-emploi vivent depuis toujours en marge des sociétés constitutives d’États occidentaux dits « forts ». Ces derniers se sont souvent révélés incapables d’établir un équilibre entre la protection et l’autonomisation de leurs citoyens. Au sein de sa population, un État « fort » peut créer des dépendances et ainsi la dépouiller de sa capacité à s’assumer à long terme, ou bien y instaurer un système concurrentiel global tout aussi délétère.
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À l’opposé, un État dit « fragile » est un État incapable de satisfaire le contrat de type hobbesien le liant à ses citoyens. Un État incapable de « libérer de la peur, du besoin et d’une vie sans dignité » les individus. Un État « fragile » est par conséquent celui qui est faible aux yeux de ses propres citoyens en regard de leur perception de la manière dont leur sécurité est assurée, leurs besoins essentiels satisfaits et leur capacité à participer à la vie publique effective.
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Deux types de faiblesse sont à distinguer. Le premier concerne les États « de mauvaise volonté », qui auraient la capacité à satisfaire et à protéger leur population mais qui refusent d’assumer cette responsabilité mettant ainsi en échec le contrat social. Le second concerne les États « incapables », qui ont perdu leurs capacités, soit en raison de pratiques humaines comme la guerre soit en raison de la mondialisation soit à cause des modèles néolibéraux qui leur sont imposés par d’autres « partenaires ».
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Malgré tout, pour atteindre des objectifs de sécurité humaine, l’institution que constitue l’État reste fondamentale et son absence ou sa négation serait préjudiciable. L’État demeure l’organisation de référence en matière de sécurité au niveau national et international, y compris et surtout dans le cadre de la sécurité humaine. Se concentrer sur la sécurité humaine n’implique donc pas la fin du rôle de l’État mais au contraire renforce ses rôles et responsabilités.
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Cependant, ici, l’État ne se suffit pas à lui-même, la population doit adhérer à ses structures, à « l’esprit » de ses institutions et leur donner vie par sa participation et son appui. Ainsi, l’État trouve sa signification et sa légitimité morale dans la réponse aux attentes des citoyens. La raison d’être de chaque acteur national ou institution demeure bien sa contribution au bien-être des citoyens.
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La sécurité humaine et la sécurité de l’État sont deux notions qui se renforcent mutuellement et dépendent l’une de l’autre.