Désormais, dans le cadre de sa présidence, la France propose au G20 d’enrichir son agenda de travail en 2011 à des problématiques jusqu’ici peu abordées
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L’agenda de la présidence française du G20 s’inscrit pour une bonne partie dans la continuité des travaux engagés sous les présidences précédentes, s’agissant notamment du cadre pour une croissance forte, équilibrée et durable, de l’agenda de régulation financière et des projets de développement.
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2010 aura été l’année 1 du cadre pour une croissance forte équilibrée et durable, créé au sommet de Pittsburgh en septembre 2009. La France propose de poursuivre cet exercice de surveillance macroéconomique en 2011, d’une part en stabilisant ses modalités pratiques (préciser le rythme d’échange des prévisions et stratégies économiques nationales) et, d’autre part, en affinant le contenu des mesures nationales permettant de réduire les déséquilibres mondiaux. Surtout, comme il en a été décidé au sommet de Séoul, il faudra en 2011 s’accorder sur des lignes directrices et des indicateurs précis permettant d’évaluer l’existence de déséquilibres et de déclencher en conséquence une surveillance renforcée des économies concernées, avec le concours du FMI. Cette année 2 du « cadre pour la croissance » doit permettre de structurer de façon pérenne l’action du G20 en matière de coordination des stratégies de politique macroéconomique.
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En matière de régulation financière, la France entend poursuivre les chantiers déjà engagés et s’assurer de la bonne mise en œuvre, sur toutes les places financières, de l’ensemble des règles décidées par le G20. La France veillera à ce que l’ensemble du secteur financier soit couvert par des règles adaptées et homogènes, afin de prévenir la résurgence des comportements à risque échappant au contrôle des régulateurs. Car, et en dépit des progrès considérables réalisés dans le cadre du G20 depuis 2008, il reste du chemin à parcourir. Compte tenu de la rapidité avec laquelle de nouvelles pratiques financières à risque peuvent émerger, il importe de rester vigilant. Et la France proposera en 2011 d’étendre la régulation dans les domaines où elle demeure insuffisante. Il conviendra ainsi de couvrir le « système bancaire fantôme », c’est-à-dire les activités de financement exercées par des entités non régulées. Il faudra aussi enrichir le volet « marchés » de l’agenda de régulation financière qui s’est jusqu’ici concentré sur la régulation « bancaire ». La France envisage ainsi de promouvoir l’adoption de règles plus exigeantes en matière de transparence et d’intégrité des marchés, afin notamment de mieux encadrer le trading à haute fréquence et le fonctionnement des dark pools. Les règles générales d’encadrement des produits dérivés pourraient par ailleurs utilement être étendues aux dérivés de matières premières.
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La France entend également poursuivre et amplifier l’élan de la présidence coréenne qui est à l’origine de l’inscription d’un agenda développement en G20, sachant qu’une partie des thématiques développement restera traitée dans l’enceinte du G8 dont la France prendra aussi la présidence en janvier 2011.
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En G20, la France s’appuiera sur le plan d’action pluriannuel sur le développement adopté à Séoul et ciblera plusieurs sujets qui pourront faire l’objet d’un traitement prioritaire en 2011 parmi lesquels (i) la sécurité alimentaire, en lien avec l’agenda « matière premières » qui a été identifié par le président de la République comme une priorité pour la présidence française en 2011 ; (ii) le développement des infrastructures, avec un accent particulier sur les infrastructures régionales ; (iii) les questions de croissance économique et de renforcement du secteur privé dans l’agenda du développement ; (iv) enfin, le président de la République a présenté au sommet de Montreux la promotion des financements innovants, en réponse à l’accord de Copenhague, comme l’une des priorités de la France, citant plusieurs pistes comme des contributions sur les transactions financières, le secteur des transports maritimes et aériens internationaux ou encore dans le secteur Internet.
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La France s’efforcera donc de poursuivre le travail engagé. Il en va de la crédibilité du G20. Mais elle ne peut se contenter de poursuivre l’existant.
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Ainsi, comme l’a annoncé le président de la République fin août 2010, trois grands nouveaux thèmes seront donc abordés parmi lesquels le fonctionnement du système monétaire international.
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Le système monétaire international présente en effet aujourd’hui un certain nombre de dysfonctionnements. La volatilité des flux de capitaux pénalise les échanges internationaux, en particulier ceux des pays émergents confrontés de façon régulière à des chocs de liquidité. L’absence de diversification des monnaies de réserve est également source de vulnérabilité pour l’économie mondiale, renforçant les risques encourus par les détenteurs de réserve et plaçant les États-Unis et leurs partenaires face à un dilemme de politique monétaire. Enfin, les politiques de change ne font plus l’objet de discussion ou coordination formalisée, affaiblissant la capacité des acteurs publics à assurer une bonne coopération entre les stratégies macroéconomiques et à orienter les stratégies de marché lorsque c’est justifié.
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Dans ces conditions, la France souhaite avant tout que le G20 établisse un diagnostic commun sur les causes et les conséquences des dysfonctionnements actuels du système monétaire international. Différentes options de réforme sont envisageables pour asseoir le système monétaire international sur des règles plus solides. La concertation avec nos partenaires du G20 et le Fonds monétaire international sera particulièrement importante sur ce sujet sensible.
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La présidence française du G20 entend également aborder la question de la volatilité excessive des prix des matières premières. Les fortes fluctuations observées depuis 2007 sur les marchés de matières premières ont montré que la volatilité excessive des prix des matières premières est un sujet central pour l’économie mondiale. Il recouvre trois enjeux : (i) un enjeu de croissance économique – la volatilité des cours perturbe les capacités d’anticipation des acteurs économiques et peut ainsi pénaliser l’investissement et la croissance dans l’ensemble des secteurs dont la dépendance envers les matières premières est forte – ; (ii) un enjeu de stabilité et de régulation financière, la financiarisation croissante des marchés de matières premières posant la question de la robustesse du cadre de régulation actuel ; (iii) un enjeu de sécurité alimentaire, la fluctuation des cours des matières premières affectant en effet tout particulièrement le pouvoir d’achat des consommateurs et le revenu des producteurs dans les pays en développement.
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La fluctuation excessive des prix des matières premières n’est cependant pas un sujet traité aujourd’hui de manière cohérente et globale au niveau international. Le G20 s’est certes pour la première fois penché sur cette question lors du sommet de Pittsburgh en septembre 2009 où l’engagement a été pris « d’améliorer la régulation, le fonctionnement et la transparence des marchés financiers et des matières premières ». Mais peu de mesures concrètes ont été prises à ce jour. C’est dans ce contexte que le président de la République a fait de la lutte contre la volatilité des prix des matières premières une priorité de la future présidence française du G20 pour laquelle il souhaite une approche ambitieuse et pragmatique. Cet objectif implique notamment d’aboutir à un meilleur encadrement des marchés dérivés de matières premières, en cohérence avec l’agenda plus général de régulation financière. Il s’agit de faire mieux fonctionner ces marchés en favorisant la transparence sur ces marchés pour permettre de mieux informer les investisseurs et de lutter efficacement contre les manipulations de cours ; en étendant les règles de régulation du G20 à tous les intervenants sur ces marchés ; et en permettant une meilleure coordination entre les régulateurs (marchés financiers et marchés physiques).
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Enfin, la troisième grande priorité de la présidence française concerne la gouvernance mondiale.
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À la suite de la plus grave crise économique et financière depuis 1929, la gouvernance économique mondiale est devenue, grâce au G20, une réalité. Cette dynamique doit être maintenue. Elle permettra de moderniser une architecture institutionnelle qui était inadaptée aux enjeux de notre époque. En 2010 déjà, le G20 a permis des réformes historiques à la Banque mondiale et au FMI qui permettent d’améliorer leur gouvernance et de renforcer leurs instruments, leurs moyens et donc leur efficacité. En 2011, il faudra conserver cet élan pour renforcer les moyens d’agir pour la paix, le développement, la croissance ou l’environnement. Autant d’enjeux globaux, transnationaux, pour lesquels aucun État, aussi puissant soit-il, ne peut trouver seul une solution durablement satisfaisante. Ils exigent des réponses coordonnées, l’engagement de tous et des institutions internationales représentatives du monde d’aujourd’hui et pleinement efficaces.
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Le G20 est devenu une enceinte de gouvernance indispensable pour relever les défis de la mondialisation. Il a fait l’épreuve de son efficacité pour faire face à la crise et amortir les chocs. Aujourd’hui, il doit continuer à forger des stratégies communes de politique économique entre pays développés et grandes économies émergentes, afin de prévenir les crises et améliorer de façon durable les conditions de vie des peuples. Pour reprendre l’expression du président de la République : les chantiers sont colossaux et nous devrons inscrire ces chantiers dans la durée et mener notre présidence avec responsabilité et réalisme afin que le G20 préserve toute sa légitimité.