Françoise Rougeul "Il n'y a pas de bons parents"
Audrey Achekian, 10/02/12 16:09
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A l'occasion de la réédition de son livre "J'aide mon ado à grandir", Françoise Rougeul rassure les parents sur la crise d'adolescence.
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Françoise Rougeul, psychanalyste et thérapeute familiale. © Françoise Rougeul
Quand l'ado est en crise, on le considère souvent comme seul responsable des tensions qu'il provoque...
Françoise Rougeul : "C'est faux, quand l'adolescent est en crise, c'est toute la famille qui est en crise. C'est pour cela que nous parlons "d'adolescence familiale". Dans la mesure où les "bêtises" de l'adolescent polarisent les tensions familiales, il devient un peu le "thérapeute de la famille." Il est souvent plus facile de parler de l'échec scolaire d'un ado que des difficultés rencontrées par le couple ou la famille. Par ailleurs, l'adolescent se pose et pose des questions essentielles sur l'amour, le bonheur, le sens de la vie, qui perturbent d'autant plus les parents, qui souvent, n'y pensent plus.
C'est pour cette raison qu'après quarante années de pratique, je crois que lorsque l'ado "va mal", il est préférable de le voir d'abord avec sa famille, au lieu de se précipiter vers une thérapie individuelle."
Tous les ados font-ils une crise ?
"L'adolescence est un passage entre l'enfance et l'âge adulte. Or dans tout passage, se produit une crise. Parce que changer de type de relation est toujours difficile, particulièrement à l'adolescence qui signe la fin de l'enfance. Cette fin comporte une dimension un peu tragique, que les parents sentent bien.
La durée de la crise d'adolescence est très variable, actuellement, elle a tendance à évoluer sur plusieurs années. Néanmoins, certains adolescents chargés de responsabilités passent directement de l'enfance à l'âge adulte mais pourront faire leur crise d'adolescence plus tard, à 30, 40, 60 ans..."
Quels sont les conseils à donner aux parents ?
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Aider son enfant à traverser la crise d'adolescence. © iofoto - Fotolia.com
"Déjà, avoir de la patience... Les ados sont épuisants parce qu'ils sont contradictoires et au mieux de leur force vitale, tandis que celle de leurs parents commence à décliner.
Deuxièmement, se dire que ce n'est pas tragique, c'est un remaniement qui, le plus souvent, est fécond, si le contact n'est pas rompu par les difficultés.
Enfin, se dire qu'il n y a pas de "bons parents". Il y a des parents qui font ce qu'ils peuvent et se transforment avec leurs ados."
Le bon équilibre entre la compréhension et la cohérence des limites n'est pas toujours évident à trouver...
"L'adolescent est expert en demandes contradictoires, il faut s'occuper de lui sans le surveiller, le comprendre mais respecter son mystère... c'est une mission impossible !
D'ailleurs si les parents étaient parfaits, l'ado ne risquerait-il pas d'être prisonnier d'une famille paradisiaque qu'il n'aurait aucune envie de quitter ?
En revanche, ce que les parents peuvent faire, tout en essayant de comprendre et de s'adapter, c'est de garder une forme de cohérence. Si vous êtes une famille plutôt "normative" et que du jour au lendemain, vous devenez très laxiste, l'adolescent va perdre ses repères, il ne comprendra plus rien. Mais si j'insiste sur le fait qu'il n y a pas de "bons parents". Ce terme implique que vous ayez une image claire et préconçue de votre rôle. Vous risquez fort alors de passer à coté de la réalité vécue par votre ado et ....de devenir de mauvais parents.