G. – Quels sont les grands axes stratégiques de la politique étrangère taïwanaise ? Quelles seraient ses priorités en termes géographiques ? Qu’en est-il avec la France ?
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M. C. L. L. – Pour ce qui est de notre stratégie géographique, je vous répondrais que la présence fait l’espoir !
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Néanmoins, il est évident que géographiquement et économiquement nous sommes asiatiques et que nous sommes, donc, amenés à travailler avec les pays asiatiques. Nous sommes le premier investisseur étranger au Vietnam, le troisième en Thaïlande, aux Philippines, et 12 milliards de dollars sont investis actuellement en Malaisie.
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Au-delà de cet aspect régional, nous faisons en fonction des disponibilités, des opportunités. Là où il y a de l’argent à gagner, pourquoi Taïwan ne serait-il pas présent ?
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Taïwan fait partie d’une trentaine d’organisations intergouvernementales. Donc quand il y a des possibilités, Taïwan essaie toujours d’y participer, que ce soit par le biais de ses ONG, de ses experts, etc.
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Nous avons aujourd’hui des relations diplomatiques officielles avec 23 pays dans le monde, dont 22 (sauf le Vatican) sont des pays en voie de développement. Nous avons également 122 bureaux de représentation répartis dans le monde entier, comme ici à Paris.
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Notre président a donné à ses diplomates en poste à l’étranger trois axes prioritaires : promouvoir les échanges économico-commerciaux ; présenter la culture de Taïwan ; améliorer l’image de Taïwan.
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C’est donc essentiellement autour de l’axe culturel que nous orientons notre stratégie de conquête des pays étrangers, comme la France, car c’est par ce biais que nous pourrons donner la meilleure image de Taïwan et ainsi favoriser une meilleure compréhension et une meilleure relation entre nos deux pays. Et c’est que je tente de mettre en place ici en France, en travaillant à la promotion des outils de compréhension entre nos deux pays.
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Pour ce faire, nous faisons notamment venir de nombreux artistes pour qu’ils participent à diverses manifestations en France (Festival d’Avignon, Lyon, Calais, Havre, Paris Cinéma), nous participons à différentes manifestations culturelles (Festivals de cinéma de Vesoul, Nantes, Rouen), nous essayons de mettre en place des programmes de coopérations et d’échanges dans les domaines artistique et culturel (échanges entre musées français et taïwanais), des jumelages entre nos différentes universités et écoles (plus de 200 projets de coopération sont en cours entre les universités taïwanaises et françaises) et nous organisons régulièrement des semaines taïwanaises en France au cours desquelles nous présentons les différents aspects de la culture et de l’art taïwanais (photo, danse, cinéma, peinture).
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Par ailleurs, je travaille également à l’organisation de séjours à Taïwan pour nos partenaires et amis en France, que ce soit par exemple les rotariens – que je connais bien – ou nos amis politiques.
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Car mon rôle est également de mieux faire connaître la France à Taïwan et c’est pour cela que j’essaie de faire venir à Taïwan tous ceux qui souhaitent découvrir ce pays. Nous cherchons notamment à inciter les jeunes à venir étudier et travailler chez nous. Et nous constatons des progrès. Aujourd’hui, ce sont quelque 587 étudiants français qui étudient à Taïwan, en 2009, ils étaient 431 et, en 1983, ils n’étaient que dix ! Et les retours d’expérience semblent très bons, ce qui nous pousse à être optimismes.
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Pour ce qui est de la coopération scientifique, la France est aujourd’hui le premier partenaire de Taïwan après les États-Unis. À ce sujet, il faut savoir que Taïwan est aujourd’hui le premier partenaire des États-Unis dans le domaine scientifique (hors pays de l’OTAN).
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Taïwan en France, ce sont 2 000 étudiants, environ 80 entreprises implantées sur tout le territoire et environ 5 600 ressortissants (11 000 en comptant les mariages mixtes). Inversement, la France est également bien présente à Taïwan avec quelque 160 sociétés françaises implantées sur place. Taïwan représentant aujourd’hui le cinquième marché asiatique pour la France.
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Malgré tout, il reste encore de nombreuses opportunités pour les investisseurs et les produits français à Taïwan et d’autant plus suite à la signature des accords économiques et commerciaux avec la Chine que je mentionnais plus haut qui vont faciliter les échanges et les trajets entre la Chine continentale et Taïwan.
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D’ailleurs je profite de cette tribune pour lancer un appel aux entrepreneurs français de manière à ce qu’ils prennent en considération le fait que Taïwan peut être une plate-forme vers le marché de la communauté chinoise, notamment dans le domaine de la protection et de la coopération de la propriété intellectuelle.
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Nos relations passent également par la pratique de ce qu’on appelle la diplomatie parlementaire. À savoir des relations privilégiées avec certains hommes et femmes politiques qui sont régulièrement invités en délégation parlementaire à Taïwan pour visiter le pays, rencontrer des hommes politiques, suivre les élections et rendre compte en France de la situation actuelle de notre pays. Et c’est ce que nous voulons et attendons de ce type de diplomatie, susciter l’intérêt et l’attirance de Taïwan auprès des décideurs français, grâce à une meilleure compréhension entre nos deux pays.
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Ce sont donc des stratégies très concrètes que nous mettons en place pour présenter la culture taïwanaise et ainsi donner une bonne image de notre pays. C’est la base nécessaire pour une coopération bilatérale. Sans compréhension on ne peut rien faire.
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Mon travail consiste donc à faire connaître Taïwan – notamment sa culture – à la France et, également, à inciter les Français à étudier, travailler ou faire des affaires avec Taïwan. Ce sont des tâches que je réalise avec beaucoup de plaisir. Les résultats sont très positifs en France, ce qui nous incite à poursuivre sur cette voie.
Notes
[1]
Ma Ying-Jeou a été élu en mai 2008 sous la bannière du Kuomintang sur un programme, notamment, de rapprochement avec la Chine.